L’hormonothérapie peut altérer durablement la production de gamètes, et les chirurgies retirant les gonades entraînent une infertilité définitive. En France, il est possible de conserver ses ovocytes ou ses spermatozoïdes dans un CECOS avant de commencer un traitement, cette préservation étant prise en charge lorsqu’elle est réalisée au titre d’une indication médicale. Préserver n’oblige à rien : la démarche ouvre une option, elle n’engage aucun projet parental.

 

Pourquoi la question se pose-t-elle maintenant ?

La question de la fertilité se pose avant le début d’un traitement hormonal, parce que c’est à ce moment-là que les options sont les plus larges et les procédures les plus simples. Une fois le traitement engagé, la préservation reste possible mais devient plus contraignante.

Elle se pose aussi parce qu’elle est souvent mal accueillie. Beaucoup de personnes trans décrivent une consultation où le projet parental leur est présenté comme une évidence à trancher immédiatement, dans un contexte où l’urgence ressentie porte sur tout autre chose. La HAS, dans ses recommandations de juillet 2025 sur la prise en charge de l’adulte, insiste sur la personnalisation de l’accompagnement et sur la fluidité des parcours.

L’enjeu réel est double : recevoir l’information à temps, et ne pas être contraint de décider dans l’instant.

 

Quel est l’effet de l’hormonothérapie sur la fertilité ?

L’hormonothérapie altère la production de gamètes, de façon variable selon les personnes, la durée du traitement et l’âge au moment où il débute. La réversibilité n’est jamais garantie, même en cas d’arrêt du traitement.

Dans un parcours de féminisation, l’association d’œstrogènes et d’un antiandrogène réduit la spermatogenèse, souvent rapidement et parfois durablement. Un arrêt du traitement — ce que l’on appelle une « fenêtre thérapeutique » — permet dans certains cas une reprise partielle, mais sans certitude, et au prix d’un retour transitoire d’effets physiques souvent mal vécus.

Dans un parcours de masculinisation, la testostérone induit généralement une aménorrhée en quelques mois et modifie la fonction ovarienne. L’arrêt du traitement permet le plus souvent une reprise des cycles, mais la préservation reste plus simple et plus fiable lorsqu’elle est réalisée avant le début du traitement.

Ces effets sont abordés systématiquement lors de la consultation d’endocrinologie, avant toute prescription, dans le cadre de l’information préalable au consentement.

 

Quel est l’effet des chirurgies sur la fertilité ?

Certaines chirurgies d’affirmation de genre entraînent une infertilité définitive, car elles retirent les gonades. C’est un point irréversible, sans aucune possibilité de restauration ultérieure.

Intervention Effet sur la fertilité Réversibilité
Orchidectomie Infertilité définitive Aucune
Vaginoplastie (comportant une orchidectomie) Infertilité définitive Aucune
Ovariectomie / annexectomie Infertilité définitive Aucune
Hystérectomie seule Perte de la possibilité de porter une grossesse ; ovocytes conservés si les ovaires sont laissés en place Aucune pour la gestation
Mastectomie, féminisation du visage, chirurgies non gonadiques Aucun effet sur la fertilité Sans objet
Hormonothérapie seule Altération variable, potentiellement durable Partielle et incertaine

La préservation doit donc être envisagée avant toute chirurgie gonadique, et idéalement avant même l’hormonothérapie.

 

À retenir
Préserver n’engage à rien : la conservation ouvre une option, elle n’oblige à aucun projet parental ultérieur.
Le meilleur moment est avant le début de l’hormonothérapie, quand les procédures sont les plus simples.
Les chirurgies gonadiques sont définitivement stérilisantes : orchidectomie, vaginoplastie avec orchidectomie, ovariectomie.
La préservation se fait au CECOS (centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme), répartis sur le territoire.
Depuis la loi du 18 novembre 2016, la stérilisation n’est plus une condition du changement de la mention du sexe à l’état civil.
Les délais d’accès varient fortement d’un centre à l’autre : il est utile d’en contacter plusieurs.

Quelles techniques de préservation existent en France ?

La préservation repose sur la congélation de gamètes ou, plus rarement, de tissu gonadique. Les techniques disponibles dépendent de l’anatomie, de l’âge et du stade du parcours.

Technique Concerne Déroulement Contraintes principales
Cryoconservation de spermatozoïdes Parcours transféminins Recueil par masturbation, généralement 2 à 3 recueils espacés Procédure simple et rapide ; vécu parfois difficile ; qualité altérée si traitement déjà commencé
Biopsie testiculaire (classique ou type micro-TESE) Parcours transféminins, en seconde intention Extraction de fragments de tissu testiculaire sous anesthésie ; le prélèvement est ensuite analysé pour isoler et cryconserver les spermatozoides viables Technique disponible dans un nombre limité de centres ; réservée aux situations où le recueil est impossible
Cryoconservation d’ovocytes Parcours transmasculins Stimulation ovarienne sur 10-15 jours, puis ponction sous anesthésie locale ou générale Monitorage par échographies endovaginales ou sus pubiennes, et prises de sang
Cryoconservation de tissu gonadique En cas de préservation avant la puberté Prélèvement chirurgical Technique de second recours, disponible dans peu de centres ; recul limité

La France compte une trentaine de CECOS, inégalement répartis. Les délais d’accès et les pratiques varient d’un centre à l’autre, et certains n’acceptent pas les demandes hors secteur. Contacter plusieurs centres est une démarche courante et légitime.

 

Quand préserver, et combien de temps cela prend-il ?

Le moment optimal se situe avant la première prescription hormonale, pendant la phase d’évaluation et de consultations. C’est à ce stade que la qualité des gamètes est la meilleure et que les procédures sont les plus courtes.

Ordres de grandeur indicatifs :

  • Première consultation en CECOS : le délai d’obtention varie fortement selon les centres, de quelques semaines à plusieurs mois.
  • Conservation de spermatozoïdes : deux à trois recueils espacés de quelques jours, soit une à deux semaines une fois le dossier ouvert.
  • Conservation d’ovocytes : 10-15 jours de stimulation ovarienne, puis une ponction sous anesthésie, soit 15-20 jours au total par cycle. Plusieurs cycles peuvent être nécessaires.

Lorsque le traitement hormonal est déjà commencé, une fenêtre thérapeutique — arrêt temporaire du traitement de quelques semaines à plusieurs mois — peut être proposée pour restaurer partiellement la production de gamètes. Cette option est à discuter avec l’équipe : elle n’est ni systématique, ni toujours efficace, et son retentissement psychologique doit être anticipé, au besoin avec l’appui d’un accompagnement psychologique.

 

Que dit la loi française ?

Deux textes structurent le sujet. Le premier concerne l’état civil, le second la préservation elle-même.

La loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIᵉ siècle a supprimé l’exigence de stérilisation ou de traitement médical comme condition du changement de la mention du sexe à l’état civil (article 61-5 du Code civil). Autrement dit, aucune démarche administrative n’impose aujourd’hui de renoncer à sa fertilité.

La loi de bioéthique du 2 août 2021 a élargi l’accès à l’autoconservation de gamètes. Deux voies coexistent :

  • L’autoconservation pour indication médicale, lorsqu’un traitement est susceptible d’altérer la fertilité. C’est la voie dans laquelle s’inscrit la préservation réalisée avant une hormonothérapie ou une chirurgie gonadique.
  • L’autoconservation sans indication médicale, ouverte aux personnes majeures dans des bornes d’âge fixées par décret — de l’ordre de 29 à 37 ans pour le recueil d’ovocytes et de 29 à 45 ans pour le recueil de spermatozoïdes.

L’utilisation ultérieure des gamètes conservés relève du cadre de l’assistance médicale à la procréation, dont les conditions d’accès dépendent notamment de l’état civil des personnes concernées. Ce point reste source d’incertitudes pratiques, et il est recommandé d’en discuter explicitement avec le CECOS lors de la première consultation.

 

La préservation est-elle prise en charge ?

Lorsqu’elle est réalisée au titre d’une indication médicale — soit le cas le plus fréquent dans un parcours de transition, puisque l’hormonothérapie est susceptible d’altérer la fertilité — la préservation relève de la prise en charge par l’Assurance Maladie, dans les conditions prévues pour les actes d’assistance médicale à la procréation.

Les soins liés au parcours de transition eux-mêmes peuvent par ailleurs être pris en charge à 100 % de la base de remboursement au titre de l’ALD 31 dite « hors liste » — et non de l’ALD 23, la transidentité étant sortie de la liste des affections psychiatriques de longue durée par décret du 8 février 2010.

Les modalités de prise en charge des frais de conservation annuels diffèrent selon que la préservation relève d’une indication médicale ou non. Ce point doit être clarifié avec le CECOS dès la première consultation, car il engage sur plusieurs années.

 

Et si je ne souhaite pas préserver ?

Ne pas préserver est une décision pleinement légitime, et elle n’a pas à être justifiée. Un nombre important de personnes trans choisissent de ne pas engager cette démarche, pour des raisons variables : absence de projet parental, coût psychologique des procédures, urgence ressentie du traitement, ou refus d’une étape vécue comme intrusive.

Le rôle de l’équipe médicale n’est pas d’orienter cette décision, mais de garantir qu’elle est prise de façon éclairée : en sachant ce qui est réversible, ce qui ne l’est pas, et ce qui ne pourra pas être rattrapé.

Il reste utile de savoir que la parentalité ne passe pas uniquement par les gamètes : adoption, accueil, coparentalité, don de gamètes et recomposition familiale constituent des voies distinctes, soumises à leurs propres cadres juridiques. Une décision prise aujourd’hui n’interdit pas d’en réexaminer les conséquences plus tard.

 

L’accompagnement à l’Institut Médical de la Transidentité

À l’Institut Médical de la Transidentité, la question de la fertilité est abordée systématiquement lors des consultations initiales, avant toute prescription hormonale et avant toute programmation chirurgicale, dans le cadre de l’information préalable au consentement.

L’équipe pluridisciplinaire — endocrinologues, gynécologues, urologues et psychologues, — oriente vers le CECOS le plus adapté et accompagne la personne dans sa réflexion, sans jamais conditionner l’accès aux soins à une décision de préservation. L’équipe est présentée sur la page Notre équipe.

 

En résumé

La fertilité est l’un des rares sujets d’un parcours de transition où le calendrier compte vraiment : certaines options se ferment définitivement, d’autres s’amenuisent avec le temps. Être informé tôt permet précisément de ne pas décider dans l’urgence — y compris de décider de ne rien faire.

 

Questions fréquentes

L’hormonothérapie rend-elle stérile ?

L’hormonothérapie altère la production de gamètes de façon variable selon les personnes, la durée du traitement et l’âge auquel il débute. L’effet peut être partiellement réversible à l’arrêt du traitement, mais sans garantie. C’est pourquoi la préservation est proposée avant le début du traitement, lorsque les procédures sont les plus simples et les résultats les plus fiables.

 

Faut-il préserver sa fertilité avant de commencer les hormones ?

Ce n’est pas une obligation, mais c’est le moment le plus favorable. Avant la première prescription, la qualité des gamètes est la meilleure et les procédures les plus courtes. Préserver n’engage à aucun projet parental : la démarche ouvre une option qui peut rester inutilisée.

 

Quelles techniques de préservation existent pour les femmes trans ?

La technique principale est la cryoconservation de spermatozoïdes, par recueil, généralement en deux à trois fois. Lorsque le recueil est impossible, une biopsie testiculaire peut être envisagée en seconde intention, dans un nombre limité de centres. Les démarches se font auprès d’un CECOS.

 

Quelles techniques de préservation existent pour les hommes trans ?

La technique principale est la cryoconservation d’ovocytes, après une stimulation ovarienne d’une à deux semaines, suivie d’une ponction sous anesthésie. Le monitorage comporte des échographies endovaginales et des prises de sang répétées, ce qui peut être éprouvant.

 

La préservation de la fertilité est-elle remboursée ?

Lorsqu’elle est réalisée au titre d’une indication médicale — soit le cas le plus fréquent dans un parcours de transition, l’hormonothérapie étant susceptible d’altérer la fertilité — elle relève de la prise en charge par l’Assurance Maladie dans les conditions prévues pour l’assistance médicale à la procréation. Les modalités de prise en charge des frais de conservation annuels doivent être vérifiées auprès du CECOS.

 

Peut-on préserver sa fertilité après avoir commencé le traitement hormonal ?

Oui, c’est possible mais plus contraignant. Une fenêtre thérapeutique, c’est-à-dire un arrêt temporaire du traitement de quelques semaines à plusieurs mois, peut être proposée pour restaurer partiellement la production de gamètes. Cette option n’est ni systématique, ni toujours efficace, et son retentissement psychologique doit être anticipé avec l’équipe.

 

Faut-il être stérilisé pour changer de sexe à l’état civil en France ?

Non. La loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIᵉ siècle a supprimé l’exigence de stérilisation ou de traitement médical comme condition du changement de la mention du sexe à l’état civil, prévu à l’article 61-5 du Code civil. Aucune démarche administrative n’impose aujourd’hui de renoncer à sa fertilité.

 

Quelles chirurgies rendent définitivement stérile ?

Les chirurgies qui retirent les gonades entraînent une stérilité définitive : orchidectomie, vaginoplastie comportant une orchidectomie, ovariectomie ou annexectomie. L’hystérectomie seule supprime la possibilité de porter une grossesse mais préserve les ovocytes si les ovaires sont laissés en place. La mastectomie et les chirurgies faciales n’ont aucun effet sur la fertilité.

 

Combien de temps les gamètes peuvent-ils être conservés ?

La conservation des gamètes s’effectue par cryoconservation dans un centre agréé (CECOS). En France, les ovocytes peuvent être utilisés jusqu’à 45 ans chez un homme trans s’il porte lui-même la grossesse, la méthode ROPA (Réception d’Ovocytes de la PArtenaire) étant actuellement interdite en France.

Une femme trans ayant cryoconservé ses spermatozoïdes peut les utiliser jusqu’à 60 ans, dans le cadre d’un projet parental avec une partenaire qui portera la grossesse.

Un consentement doit être renouvelé périodiquement auprès du centre, qui interroge la personne sur le devenir des gamètes conservés. Il est important de maintenir ses coordonnées à jour auprès du CECOS.

 

Que faire si aucun CECOS n’est disponible près de chez moi ?

La France compte une trentaine de CECOS, inégalement répartis, et les délais varient fortement d’un centre à l’autre. Contacter plusieurs centres est une démarche courante, même si certains n’acceptent pas les demandes hors secteur.

 

Cet article a une visée informative et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Les informations présentées ne constituent ni un diagnostic, ni une prescription, ni une recommandation individualisée. Les effets de l’hormonothérapie sur la fertilité varient d’une personne à l’autre et ne peuvent être prédits avec certitude. Toute démarche de préservation suppose un bilan préalable et une information complète délivrée par un centre agréé. Les cadres juridiques mentionnés sont susceptibles d’évoluer : les informations ont été vérifiées en octobre 2026.

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