La décision d’entamer un parcours d’hormonothérapie représente une étape importante et profondément personnelle dans votre vie. Cette première consultation peut susciter de nombreuses questions, des appréhensions légitimes, mais aussi beaucoup d’espoir. Pour que ce moment se déroule dans les meilleures conditions possibles, une bonne préparation est essentielle. Cet article vous accompagne avec bienveillance dans cette démarche, en vous donnant toutes les clés pour aborder sereinement cette première rencontre avec votre professionnel de santé.
Comprendre ce qu’est l’hormonothérapie
Avant toute chose, il est important de bien saisir ce que représente l’hormonothérapie dans le contexte d’une transition de genre. Il s’agit d’un traitement médical qui permet de modifier certaines caractéristiques physiques secondaires pour les aligner avec votre identité de genre. Cette thérapie hormonale constitue, pour de nombreuses personnes trans ou non-binaires, un outil précieux pour se sentir en harmonie avec leur corps.
L’hormonothérapie féminisante repose principalement sur l’utilisation d’œstrogènes associés à des anti-androgènes, qui permettent de développer des caractéristiques féminines comme la redistribution des graisses, le développement mammaire ou l’adoucissement de la peau. L’hormonothérapie masculinisante, quant à elle, utilise la testostérone pour favoriser l’apparition de caractéristiques masculines telles que la pilosité faciale, la modification de la voix ou l’augmentation de la masse musculaire.
Il est essentiel de comprendre que l’hormonothérapie produit des effets progressifs, certains réversibles et d’autres permanents. Cette thérapie nécessite un suivi médical régulier et un engagement sur le long terme.
Réfléchir à vos motivations et vos attentes
Avant votre première consultation, prenez le temps de réfléchir en profondeur à vos motivations. Pourquoi souhaitez-vous débuter une hormonothérapie ? Quels changements espérez-vous observer ? Quelles sont vos attentes réalistes ?
Cette introspection n’est pas un jugement sur la légitimité de votre démarche, mais plutôt une préparation qui vous aidera à communiquer clairement avec votre médecin. Notez vos réflexions dans un carnet si cela vous aide. Pensez également aux aspects de votre transition qui sont les plus importants pour vous. Il n’existe pas de « bon » parcours ou de réponse universelle. Chaque personne est unique et vos besoins vous appartiennent. Votre médecin est là pour vous accompagner dans votre projet, pas pour le juger.
Rassembler votre dossier médical
La préparation pratique de votre première consultation passe par la constitution d’un dossier médical complet. Voici les éléments à rassembler :
Vos antécédents médicaux personnels
- Vos pathologies actuelles ou passées
- Les traitements médicamenteux que vous prenez actuellement
- Vos allergies connues
- Vos éventuelles hospitalisations ou interventions chirurgicales
- Votre historique de santé mentale, si pertinent
Vos antécédents familiaux
- Maladies cardiovasculaires
- Diabète
- Cancers (notamment du sein, de la prostate, des organes reproducteurs)
- Thromboses ou problèmes de coagulation
- Ostéoporose
Vos résultats d’analyses récentes Si vous avez déjà effectué des bilans sanguins ou d’autres examens médicaux récemment, apportez-les. Ils pourront servir de base de référence pour votre médecin.
N’hésitez pas à demander à votre médecin traitant ou à votre précédent spécialiste une copie de votre dossier médical. Cette démarche facilitera grandement la prise en charge.

Préparez vos questions
Votre première consultation en hormonothérapie est le moment idéal pour poser toutes vos questions. N’ayez aucune gêne : il n’existe pas de question bête ou inappropriée. Voici quelques thèmes importants à aborder :
Sur le traitement lui-même
- Quels sont les différents types de traitements disponibles ?
- Comment choisit-on entre les différentes formes d’administration (comprimés, patchs, injections) ?
- Combien de temps faut-il avant de voir les premiers effets ?
- Quels sont les effets réversibles et irréversibles ?
Sur le suivi médical
- À quelle fréquence devrais-je faire des analyses de sang ?
- Combien de consultations de suivi sont nécessaires la première année ?
- Quels sont les examens médicaux à prévoir ?
Sur les effets secondaires et risques
- Quels sont les effets secondaires courants ?
- Quels sont les risques à long terme ?
- Existe-t-il des contre-indications dans mon cas ?
- Comment gérer les éventuels effets indésirables ?
Sur les aspects pratiques
- Quel est le coût du traitement ?
- Quelle est la prise en charge par l’Assurance Maladie ?
- Où puis-je me procurer mes traitements ?
Écrivez toutes vos questions à l’avance sur un carnet ou votre téléphone. Durant la consultation, vous pourrez être ému ou stressé, et avoir votre liste sous les yeux vous aidera à ne rien oublier.
Choisir le bon professionnel de santé
Le choix du médecin qui vous accompagnera dans votre hormonothérapie est crucial. Plusieurs types de professionnels peuvent prescrire et suivre un traitement hormonal :
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- Les médecins généralistes formés aux questions de transidentité
- Les endocrinologues spécialisés
- Les médecins exerçant dans des centres spécialisés dans la santé des personnes trans
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L’essentiel est de trouver un praticien qui :
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- Possède une bonne connaissance de l’hormonothérapie
- Fait preuve d’ouverture et de respect envers les personnes trans
- Accepte une approche basée sur le consentement éclairé plutôt que sur des exigences trop rigides
- Est disponible pour un suivi régulier
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N’hésitez pas à consulter plusieurs médecins avant de choisir celui qui vous accompagnera. Les associations de personnes trans peuvent vous orienter vers des praticiens bienveillants et compétents dans votre région.
Se préparer psychologiquement
La première consultation peut être source d’émotions intenses. Il est normal de ressentir du stress, de l’excitation, de l’appréhension ou même de la peur. Voici quelques conseils pour aborder ce moment plus sereinement :
Accordez-vous de la bienveillance: Vous faites une démarche courageuse et importante pour votre bien-être. Soyez fier de cette étape, quelle que soit l’issue de la consultation.
Venez accompagné si vous le souhaitez: Si cela vous rassure, vous pouvez demander à une personne de confiance de vous accompagner. Cette présence peut vous aider à vous sentir soutenu et à ne pas oublier les informations importantes.
Préparez-vous à la patience: Le parcours d’accès à l’hormonothérapie peut nécessiter plusieurs consultations, des examens complémentaires et du temps. Chaque étape a son importance pour garantir votre sécurité et la qualité de votre prise en charge.
Gardez en tête vos droits: Vous avez le droit d’être respecté dans votre identité, d’être écouté et de recevoir des soins adaptés. Si vous ne vous sentez pas respecté ou compris, vous avez le droit de consulter un autre professionnel.
Connaître le déroulement type d’une première consultation
Même si chaque médecin a sa propre approche, une première consultation en hormonothérapie suit généralement un schéma similaire :
L’accueil et la présentation: Le médecin vous accueille et crée un climat de confiance. C’est le moment de vous présenter et d’exprimer votre demande.
L’anamnèse médicale: Le praticien vous pose des questions sur vos antécédents médicaux, votre état de santé actuel, vos traitements en cours et vos antécédents familiaux.
L’évaluation de votre demande: Contrairement à ce que certains craignent, il ne s’agit pas de « prouver » que vous êtes trans ou d’obtenir un diagnostic psychiatrique. L’objectif est de s’assurer que vous comprenez bien les effets et les risques de l’hormonothérapie, que vous avez des attentes réalistes et que vous êtes en mesure de donner un consentement éclairé.
L’examen clinique: Un examen physique général peut être réalisé pour évaluer votre état de santé global.
Les explications sur le traitement: Le médecin vous explique en détail les différentes options de traitement, leurs effets attendus, les risques potentiels et le suivi nécessaire.
La prescription d’examens complémentaires: Avant de débuter l’hormonothérapie, des analyses de sang et parfois d’autres examens seront nécessaires pour s’assurer de l’absence de contre-indications.
Le calendrier de suivi: Un planning des prochains rendez-vous sera établi, généralement avec une consultation de retour pour commenter les résultats des analyses et, si tout est en ordre, débuter le traitement.
Anticiper les examens préalables
Avant de débuter une hormonothérapie, plusieurs examens médicaux sont généralement requis. Ces analyses permettent d’établir vos valeurs de référence et de vérifier l’absence de contre-indications. Voici les examens couramment prescrits :
Bilan sanguin complet
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- Dosage des hormones (testostérone, œstradiol, prolactine, LH, FSH)
- Bilan hépatique (enzymes du foie)
- Bilan lipidique (cholestérol)
- Glycémie
- Hémogramme complet
- Fonction rénale
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Autres examens possibles selon votre situation
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- Électrocardiogramme si antécédents cardiovasculaires
- Densitométrie osseuse dans certains cas
- Examens spécifiques selon vos antécédents médicaux
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Ces examens sont généralement remboursés par l’Assurance Maladie. Prévoyez un délai de quelques semaines entre la prescription et l’obtention des résultats.
Connaître vos droits et les modalités de prise en charge
En France, l’hormonothérapie peut bénéficier d’une prise en charge par l’Assurance Maladie au titre de l’Affection de Longue Durée (ALD). Voici ce qu’il faut savoir :
L’ALD pour transidentité Votre médecin traitant peut faire une demande d’ALD qui permet une prise en charge à 100% des soins liés à votre transition (consultations, analyses, traitements). L’ALD est généralement accordée pour une durée de 3 à 5 ans, renouvelable.
Le coût des consultations En secteur 1, une consultation chez un médecin généraliste coûte 25€ (remboursée à 70% par la Sécurité sociale). Chez un endocrinologue en secteur 1, comptez 26€ avec le même taux de remboursement si vous passez par votre médecin traitant.
Le coût des traitements Les traitements hormonaux sont généralement bien remboursés par l’Assurance Maladie, surtout dans le cadre d’une ALD. Votre mutuelle peut compléter la prise en charge.
Vos droits fondamentaux
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- Vous n’êtes pas obligé d’obtenir un diagnostic psychiatrique pour accéder à l’hormonothérapie
- Vous avez le droit d’être respecté dans votre identité de genre
- Vous pouvez refuser un traitement ou l’arrêter à tout moment
- Vous avez accès à votre dossier médical
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Gérer vos émotions après la consultation
Après votre première consultation, vous pouvez ressentir différentes émotions. Que vous ayez obtenu une prescription d’examens préalables, un rendez-vous de suivi ou même un refus, accordez-vous du temps pour digérer l’information.
Si la consultation s’est bien passée, la joie peut se mêler à l’impatience. Rappelez-vous que l’hormonothérapie est un processus progressif qui nécessite de la patience.
Si vous n’avez pas obtenu ce que vous espériez, ne vous découragez pas. Peut-être que le médecin a besoin de plus d’informations, ou que des examens complémentaires sont nécessaires. Si vous sentez que le praticien n’est pas adapté à vos besoins, n’hésitez pas à consulter ailleurs.
Parler de votre expérience avec des proches de confiance ou rejoindre des groupes de soutien peut vous aider à mettre des mots sur ce que vous vivez.

Foire aux questions (FAQ)
Ai-je besoin d’un diagnostic psychiatrique pour débuter une hormonothérapie ?
Non, vous n’avez pas besoin d’un diagnostic psychiatrique obligatoire pour commencer une hormonothérapie. Bien que certains endocrinologues puissent encore demander une attestation d’un psychiatre ou psychologue, cette pratique n’est pas systématique et de nombreux médecins adoptent une approche basée sur le consentement éclairé. i un praticien exige une attestation et que cela ne vous convient pas, vous pouvez consulter un autre professionnel plus sensibilisé aux parcours trans. L’objectif principal est que vous compreniez bien les effets et risques du traitement et que vous soyez en mesure de donner votre consentement éclairé.
Combien de temps faut-il attendre avant de pouvoir commencer l’hormonothérapie ?
Le délai varie selon votre situation et le praticien consulté. En général, après votre première consultation, vous devrez effectuer des examens sanguins et d’autres bilans de santé. Une fois les résultats obtenus (comptez 2 à 4 semaines), vous aurez une nouvelle consultation pour les analyser. Si tout est en ordre et qu’il n’y a pas de contre-indication, le traitement peut débuter lors de cette deuxième consultation. Dans l’idéal, le délai entre la première consultation et le début du traitement est de 1 à 2 mois, mais il peut être plus long selon les délais de rendez-vous et les examens nécessaires.
Est-ce que je pourrai arrêter le traitement si je change d’avis ?
Oui, absolument. Vous restez toujours libre de vos choix concernant votre corps et votre parcours. Certains effets de l’hormonothérapie sont réversibles si vous arrêtez le traitement (comme la redistribution des graisses ou certains changements cutanés), tandis que d’autres sont permanents (comme la modification de la voix pour les personnes sous testostérone, ou le développement mammaire pour celles sous œstrogènes). Il est important de bien comprendre ces distinctions avant de commencer. Si vous décidez d’arrêter, discutez-en avec votre médecin qui pourra vous accompagner dans cette décision et surveiller les éventuels effets de l’arrêt.
Comment gérer l’attente et l’impatience avant de commencer le traitement ?
L’attente peut être difficile à vivre, surtout quand vous avez pris votre décision et que vous êtes prêt à commencer. Voici quelques conseils : concentrez-vous sur les étapes que vous pouvez déjà franchir (rassembler votre dossier médical, faire vos examens), rejoignez des groupes de soutien où échanger avec d’autres personnes qui comprennent ce que vous vivez, prenez soin de vous au quotidien (activité physique, alimentation équilibrée, sommeil), explorez d’autres aspects de votre transition qui ne nécessitent pas d’hormonothérapie (présentation sociale, changement de prénom, etc.), et gardez en tête que chaque étape du processus vous rapproche de votre objectif. L’attente fait partie du parcours et permet aussi de vous préparer psychologiquement à ce changement important.
